N°2) ENZO BIANCO SINDACO DI CATANIA - INTERVISTA IN LE MONDE, 23 APRILE 2015

 

Il problema degli immigrati è di scottante attualità, tutti i partiti ne discutono ... nel bene e nel male, mentre l'UE da prova della sua impossibilità di agire. Ma non è "colpa" dell'UE, in quanto la sua impotenza deriva dall'assenza di meccanismi decisionali appropriati, cioè dall'assenza di procedure che permettano all'UE di mettere in pratica progetti e politiche "sopranazionali" al di là delle competenze comunitarie attuali. Questo catalogo di competenze appare oggi così ridotto di fronte al dramma degli immigrati.

L'impossibilità di agire dell'UE non puo' essere sfuggita a nessuno, cioè non solo agli addetti ai lavori, ma anche ai "comuni mortali": il 22 aprile 2015 il Consiglio dei Ministri per la Giustizia e gli Affari Interni era riuscito ad accordarsi su un programma in 10 punti, certo non perfetto, ma che era comunque, per una volta, qualcosa di più delle solite "parole fritte". Sforzi vani: questo programma è stato praticamente demolito dal Consiglio Europeo, il quale continua a presentarsi quale  roccaforte intergovernativa dell’UE, benché, almeno in teoria, lo stesso non debba avere che un'influenza simbolica – o programmatica - sul processo decisionale dell'UE.

Alla prova dei fatti, il Consiglio Europeo continua a comandare e a frenare i pur timidi tentativi dei ministri di fare qualcosa di nuovo, e di più. Nel frattempo, riecheggiavano ieri e stamattina, le grida di sdegno del Parlamento Europeo che si è limitato a prendere atto di quanto deciso dai Capi di Governo.  

In questo contesto, le proposte di Enzo Bianco si stagliano come una nota positiva esse si possono così riassumere dal testo integrale dell’intervista che ha rilasciato su Le Monde:

1. Prima di  tutto, bisognerebbe istituire un centro di prima accoglienza, poiché attualmente gli immigrati sono alloggiati in palestre. Accade che 300 o perfino 400 persone si trovino  ammassate in queste palestre, con materassi per terra e solo 18 bagni. Questo centro potrebbe  essere ospitato nei locali di ex caserme militari, e non dovrebbe portare la bandiera di Catania o dell’Italia, ma quella dell’Unione Europea, perché è l’Europa che accoglie queste persone. Ho parlato con dei Siriani e degli Eritrei: il loro eldorado  non è l’Italia, ma la Norvegia e la Scandinavia, perché questi paesi accordano aiuti finanziari a coloro che richiedono asilo politico.

2. Quindi, vi è la  questione di Frontex, la polizia europea delle frontiere, che ho contribuito a lanciare nel 2001. Ad oggi, la sede di questa agenzia dell’UE si trova a Varsavia, in Polonia, per motivi politici. Ma è forse li’ che si trova il corridoio principale di entrata verso l’Europa ? Vorrei che l’esecutivo di questa agenzia si trovasse qui. Sono pronto a fornire degli uffici gratuitamente affinché i funzionari europei possano vedere e capire questo fenomeno. 

3. Bisognerebbe anche rafforzare le leggi penali relative al traffico di esseri umani, e creare una procura europea designata per lavorare su questi problemi, cosi come si è fatto per lottare contro il terrorismo.

4. Infine, si potrebbero creare dei corridoi umanitari per chi chiede asilo politico. Con l’aiuto dell’Egitto, l’Europa potrebbe aprire un ufficio al Cairo per i Siriani. Attualmente, queste persone passano per la Libia, dove vivono per 3 or 4 mesi in condizioni terribili. Farle venire in battello o in aereo costerebbe meno delle attuali operazioni di soccorso in mare. Questo sistema permetterebbe di distinguere più facilmente tra persone richiedenti asilo politico e clandestini. Riguardo a questi ultimi, si potrebbero concludere degli accordi con i paesi d’origine onde poterli rimandare a casa.

 

TESTO ORIGINALE IN FRANCESE.

Catane et la Sicile voient chaque jour débarquer de nouveaux migrants. Comment la ville et la région gèrent-elles cette situation ?

L’attitude de ma ville et des Siciliens est extraordinaire. Nous sommes une des régions les plus pauvres de l’Europe, avec un chômage dramatique. A Catane, 50 % des jeunes sont sans emploi, et plus de 60 % parmi les jeunes femmes. Malgré la crise économique qui a frappé très fortement la ville, la population a très bien supporté l’arrivée des migrants, mieux que dans des régions plus riches, comme la Lombardie ou ailleurs en Europe. Après le naufrage, des gens ont appelé la mairie pour apporter à manger ou proposer leur aide. 

Jusqu’à il y a trente ans, la Sicile était une terre d’émigration vers les Etats-Unis, la France, l’Allemagne, l’Australie… Il y a dans le code génétique des Siciliens un respect pour ceux qui souffrent de la pauvreté et partent pour un autre pays chercher une vie meilleure. Ailleurs en Europe, il y a une certaine partie de la population qui a peur et qui est xénophobe. En Italie aussi. Mais ici, en Sicile, ce sentiment n’est pas très fort.

 

Quels problèmes pose cet afflux de migrants à Catane? 

L’avenir de l’Europe, de l’Italie, sera déterminé par leur capacité à affronter la question de l’immigration. Quelle que soit l’attitude du gouvernement, la pression démographique sera immense sur l’Europe et il n’y a aucune chance d’empêcher ces migrations.

J’étais ministre de l’intérieur lors de la crise albanaise, quand des bateaux débarquaient sur les côtes orientales de l’Italie. La situation était affreuse. Mais on peut agir. Ici, à la mairie, j’ai une conseillère qui a été élue par les migrants. J’ai aussi créé un registre de citoyenneté pour les enfants, où ils sont inscrits comme « Catanais de naissance ». Ces enfants parlent italien et même le dialecte catanais, mais ne peuvent acquérir la nationalité qu’à 18 ans. C’est une manière de favoriser l’intégration.

Dans la ville, il y a environ 10 % d’immigrés légaux et illégaux, et jusqu’à 25 % dans certains quartiers. Je sais qu’il y a des problèmes : du trafic de contrefaçon, beaucoup de prostitution. Catane essaie d’affronter ces questions par la prévention et la médiation plutôt que par la répression, sauf quand c’est nécessaire.

 

Avez-vous les moyens de faire face à l’arrivée des migrants?

Non, bien sûr. Je reviens de Rome où j’ai assisté à une réunion entre l’Etat et les villes, pour demander de l’aide du gouvernement italien mais aussi de l’Union européenne. J’ai fait quatre propositions. 

D’abord, avoir un centre de premier accueil, parce que aujourd’hui les migrants sont logés dans des gymnases. Parfois 300 ou 400 personnes s’y entassent avec des matelas par terre et seulement 18 toilettes. Ce centre, qui pourrait être installé dans d’anciennes casernes militaires, ne devra pas arborer le drapeau de Catane ou de l’Italie, mais celui de l’Union européenne, car c’est l’Europe qui accueille ces personnes. J’ai parlé avec des Syriens et des Erythréens. Leur eldorado, ce n’est pas l’Italie, mais la Norvège et la Scandinavie, à cause des aides financières allouées aux demandeurs d’asile. 

Ensuite vient la question de Frontex, la police européenne des frontières, que j’ai contribué à lancer en 2001. Aujourd’hui, la siège de cette agence européenne se trouve à Varsovie, en Pologne, pour des raisons politiques. Est-ce là le couloir d’entrée principal de l’Europe ? J’aimerais que le bureau exécutif soit ici. Je suis prêt à mettre à disposition gratuitement des locaux pour que les fonctionnaires européens voient et comprennent ce phénomène.

Il faudrait aussi durcir les lois pénales sur le trafic d’êtres humains et créer un poste de procureur européen dévolu à ces questions, comme cela a été fait pour lutter contre le terrorisme. 

Enfin, on pourrait créer des corridors humanitaires pour les demandeurs d’asile. Avec l’aide de l’Egypte, l’Europe ouvrirait un bureau au Caire pour les Syriens. Aujourd’hui, ceux-ci passent par la Libye, y vivent trois ou quatre mois dans des conditions terribles. Les faire venir par bateau ou avion coûterait moins cher que les opérations actuelles de secours en mer. Ce système faciliterait le tri entre demandeurs d’asile et clandestins. Concernant ces derniers on pourrait signer des accords avec leur pays d’origine pour les reconduire chez eux. J’ai évoqué cette question au comité des régions à Bruxelles la semaine dernière et j’espère déposer une proposition de résolution lors de la prochaine session plénière.

L’immigration n’est pas une urgence du moment mais une question de fond. Il y a deux semaines, nous avons accueilli 11 500 migrants en Sicile, mais peut-être qu’en juin il y en aura 20 000 par semaine. Aujourd’hui, en Libye, entre 500 000 et un million de personnes aspirent à venir en Europe. Avec la croissance démographique de 7 % ou 8 % en Afrique, contre un peu plus de 1 % ici, la pression migratoire est mécanique.